Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome IV.djvu/99

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honteux, l’autre soir, de ne les connaître que de réputation. Vous êtes bien bon de venir au devant du désir que j’allais satisfaire par la voie triviale de mon libraire. Il ne me reste plus maintenant qu’à prier le bon Dieu de faire que mes yeux deviennent aussi bons que vos livres.

Victor H.[1]


Au même.


Ce dimanche.

J’allais vous écrire. J’ai beaucoup de chagrin. Figurez-vous que la fille de mon pauvre ami Bernard de Rennes est bien gravement malade et qu’elle a demandé à voir ma femme qui est comme sa sœur. Ma femme me prie de lui donner le bras et Bernard me demande de son côté. Me voilà donc pris pour une bien triste cause, premier chagrin, et je ne vous verrai pas aujourd’hui, ce qui le redouble.

J’ai cependant besoin de vous voir, et de vous voir plus d’une fois avant votre départ. Je voudrais vous arracher quelques pages de ce roman dont j’aime tant le sujet. J’irai vous chercher.

Bien votre ami.

Victor[2].


Au même.


3 mai.

Je vous remercie de votre triste et noble confidence[3]. Je l’apprécie profondément, croyez-le bien. Les hommes comme vous, mon ami, ne sont jamais ruinés, jamais déchus, jamais pauvres. Ils ont la plus belle des richesses, l’intelligence, le plus beau des trônes, la pensée. Rendez grâce à tout ce malheur qui vous frappe. Vous n’êtes pas appauvri, vous êtes grandi.

Je vous serre la main et je suis à vous.

Victor Hugo[4].
  1. Bibliothèque Nationale. Nouvelles acquisitions françaises.
  2. Bibliothèque Nationale. Nouvelles acquisitions françaises.
  3. M. de Custine, la veille, lui avait écrit, en confidence, qu’il venait d’être ruiné, qu’il allait vendre sa propriété de Saint-Gratien et voyager pour dissimuler sa ruine.
  4. Collection Charles Pelliot.