Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/278

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complètement arraché. — Le clocher principal est sur la croisée, les deux extrémités du transept surmontées de tourelles romanes. Vue par l’abside, l’église est d’un bel aspect. Intérieur fort dévasté, beaux vitraux du chœur ; admirables verrières du douzième siècle au bras gauche de la croisée. Prêtre prêchant un sermon appris par cœur ; se reprenant, recommençant ses phrases, etc.

Saint-Michel. — Porche-Renaissance François Ier. Charmant et ravagé. Façade Henri III, joUe et amusante. Portails latéraux gothique-fleuri. Fort beaux. — Intérieur défiguré. Plus de vitraux.

Palais des ducs travesti en hôtel de ville, admirables restes. Vu par derrière, offre quatre architectures, comme la cour du château de Blois, mais moins remarquables pourtant : une tour flanquée de tourelles du douzième siècle ; la grande tour du quinzième, avec le corps de logis à croisées et à couronnement gothique fleuri qui s’y rattache ; un corps de logis Henri IV, avec une jolie porte ; un autre Louis XIV, avec des trophées sur l’entablement, comme les Invalides. — Intérieur : une jolie cour, avec escalier de la Renaissance dévasté. On y lit : École des Beaux-Arts.

Musée. Cheminée 1504, après l’incendie de 1502, « par Jean Dangers, maçon, moyennant 120 francs, pierres fournies ». Sur les 120 francs, deux sols par jour aux ouvriers. Dossier de Jean sans Peur, incrusté dans la cheminée. Encorbellement de pierre, porte le hérisson Louis XII et les croissants Henri II, soutenant les poutres.

Tombeau de Philippe le Hardi, fin du quatorzième siècle. Peint et doré, couché sur son tombeau, deux anges à la tête, un lion aux pieds. Nez busqué. Tombeau de marbre noir, figurines d’albâtre. Quarante statuettes circulent autour du tombeau sous une charmante galerie ; naïves : moine qui se nettoie l’oreille avec l’ongle ; moine qui se mouche avec ses doigts. — Fi donc ! semble dire une religieuse à côté de lui. Ouvrage de Claus Sluter de Hollande.

Tombeau de Jean sans Peur et de sa femme Marguerite de Bavière. Peint et doré. Ressemble au premier, plus fleuri, plus orné, plus quinzième siècle. Quarante figurines, quatre anges, ailes déployées, les deux grandes statues, deux lions, vingt-huit angelets, la galerie qui est de l’orfèvrerie d’albâtre. — A été payé quatre mille livres, c’est-à-dire 28 500 francs environ à Jean de la Huerta, dit d’Aroca, du pays d’Aragon, tailleur d’imaiges.

François Ier se fit ouvrir ce tombeau, y trouva Jean sans Peur, le crâne largement entaillé par le coup de hache de Tanneguy-Duchâtel sur le pont de Montereau. S’étonna de la grandeur du trou : « Sire, lui dit le prieur des Chartreux qui l’accompagnait, c’est par ce trou que les anglais sont entrés en France. »