Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/371

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L’intérieur n’est qu’un amas de décombres. Aucun bruit humain ne parvient ici. On n’entend que le vent et la mer. Il commence à pleuvoir. Les pierres roulent sous mes pieds. Je sors avec peine.

Deuxième chambre carrée d’environ dix pieds dans tous les sens ; pareille à la première. Trois meurtrières sur le village. Une fenêtre sur la mer. Reste d’une poutre dans une embrasure ; elle est pourrie ; j’en prends un morceau. Deux autres petites chambres sans fenêtre ; l’une toute noircie de fumée. J’en fais le plan, accoudé sur le haut du mur. Bois brûlé mêlé aux décombres. Les trois chambres n’ont plus de toit ; il n’en reste même pas de vestiges.

J’entre dans la deuxième masure. Une grande chambre, moins encombrée de ruines, avec une petite cheminée au fond. À côté, une chambre moins grande ; toutes deux carrées. Tout est arraché, détruit, écroulé. Des insectes hideux fuient sous les pierres que je soulève du bout de ma canne. La pluie redouble. Le brouillard couvre la mer et la montagne. Je vais redescendre.

Je me décide à gravir le reste de la ruine. Monceau de pierres qui a dû être un troisième corps de logis. Derrière ce monceau, un petit champ cultivé de douze pieds carrés couvert de tronçons de bois brûlé. Le fossé borde le champ et entoure les trois masures. — Il pleut à verse. Une espèce de nuit se forme. La brume s’épaissit de plus en plus. Tout disparaît autour de moi. Je ne vois plus que les masures, la voie dallée et le plateau. — Je ne pourrai reconnaître mon chemin et je me perdrai dans les escarpements. À la garde de Dieu !

Un magnifique papillon chassé par la pluie vient se réfugier derrière moi, sur une pierre. Il a moins peur de moi que de l’orage. Il a raison ; je le laisse en paix. Je redescends au hasard.

Il s’est fait une éclaircie. La pluie diminue, le jour revient. — J’aperçois la petite rade. — Elle est peuplée de nacelles de pêcheurs à quatre rames qui courent sur l’eau. De la hauteur où je suis, la rade pleine de ces nacelles figure une mare couverte d’araignées d’eau.


II


4 août. — 2 h. 1/2, sur la montagne.

Nature désolée. — Vent violent. — Petite baie étroitement resserrée entre les deux caps de Pasages. — La mer brise avec fureur sur un banc de rochers qui ferme la baie à moitié. La haute mer est sombre et agitée. Ciel de plomb. Le soleil et l’ombre errent sur les flots.