Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/426

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Barèges par le défilé de Luz. — La gorge de Lourdes à Argelès en est pour ainsi dire le manche. Comme le bras de cette main ouverte.

Lourdes est la porte des Hautes-Pyrénées. En 1755 elle ressentit le contre-coup du tremblement de terre de Lisbonne.

Le réseau central des Pyrénées était gardé au moyen-âge. Chaque articulation des vallées avait son château qui apercevait les deux châteaux des deux vallées voisines, et correspondait avec eux par des feux. On en voit aujourd’hui les ruines qui ajoutent un immense intérêt au paysage ; rien de plus poignant que les ruines de l’homme mêlées aux ruines de la nature.

Le donjon de Lourdes voyait les trois tourelles du château de Pau qui apercevait la tour carrée de Vidalos, laquelle pouvait communiquer par des signaux avec l’antique Castrum Emilianum bâti par les romains et relevé par Charlemagne sur la colline de St-Savin, qui se rattachait à travers les montagnes à la forteresse féodale de Beaucens. Les signaux s’enfonçaient ainsi de tours en tours dans la vallée de Luz jusqu’au château de Ste-Marie, dans la vallée de Gavarnie jusqu’à la citadelle des Templiers. Les châtelains des Pyrénées comme les burgraves du Rhin s’avertissaient les uns les autres. En quelques heures les bailliages étaient sur pied, la montagne était en feu.

Les paysans, chose remarquable et toute locale, ne haïssaient pas ces châteaux. Ils avaient le sentiment que ces forteresses, tout en les dominant, en les opprimant même, protégeaient la frontière. C’est le peuple des montagnes qui a donné à l’un de ces châteaux près du col d’Ossau le nom de Bon-Château qu’il garde encore : Castellougon.