Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/523

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



22 septembre. — Partis pour Freudenburg et Klef d’où l’on voit la ruine de Montclair. Nous allons à la ruine. Accès difficile ; la masure est admirable ; le vieux schloss du 14e siècle. Restes de cheminées avec leurs chambranles. Portes et fenêtres ogives à tympans trilobés. Le village est étrange, presque sauvage et digne de la ruine. L’église neuve et bête.

À 5 h. 1/2 à Klef. Admirable vue. La Sarre vient et s’en va dans un magnifique encaissement de collines boisées, et fait dans la montagne un 8 gigantesque. Sur la crête du centre dans la forêt se dresse la ruine du burg de Montclair démoli en 1350 par Baudoin, archevêque de Trêves. Les bateaux rampent au fond du gouffre sur le serpent de la Sarre. On a fait là un look-out pour le roi de Prusse qui y est venu, avec table ronde en mosaïque. Inscriptions républicaines sur le mur. Je remarque celle-ci : Solidarité des peuples et communion des idées. Glatigny.


25 septembre. — Vianden. Revisité la ruine. Curieuses pages, sur le registre des voyageurs, qui me concernent. L’architecte qui a défiguré la chapelle romane est changé ; j’y suis pour quelque chose, à ce qu’il paraît.

Après le dîner, musique subite dans la rue. On ouvre les fenêtres, c’est une sérénade. Vingt musiciens avec un drapeau. Très belle musique. Le président de la société chorale m’adresse une allocution, j’y réponds. Hurrahs. Tout cela est imprévu, spontané et charmant. Les musiciens sont en blouse, ils sortent du travail. Il y a huit chandelles de suif pour éclairer leurs pauvres pupitres. Foule dans la rue. Puis le silence s’est fait, et je suis monté solitairement sur la montagne. Lune voilée. Mélancolique aspect des vallées où rampe une rivière de brouillard. Le spectre de la ruine debout dans cette ombre. Les chats-huants crient : hou ! hou ! hou !


26 septembre. — Excursion à pied à Falkenstein. Pluie battante, puis chaud soleil. Paysages splendides. Nous passons la rivière, fort grossie par les averses, sur un pont de nattes qu’on ôte l’hiver. À 2 heures au château. Lieu sauvage. Une tour et un pont en ruine sur une croupe de bruyères. Hautes collines tout autour.

Un chariot à bœufs descend le chemin creux. Le burg est farouche, il est désert. Au-dessous du burg petite maison pauvre où demeure la veuve du dernier baron. Il n’y a plus de cette famille sur ce mont que la veuve et le cimetière. Dans ce cimetière, quelques croix. Les pierres tombales ont disparu. Nous n’entrons pas dans la ruine à cause de l’orage et de l’averse. Les hautes herbes et les broussailles sont impraticables. Nous sommes trempés. Au moment où nous arrivons, deux grands coups de foudre coup sur coup. Immense écho dans la montagne. Après cette salve, le