Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/630

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Kussnacht, il contemple cette nature, « sereine comme une bonne conscience », qui a été le théâtre de tant de luttes pour la liberté…

Puis c’est l’Espagne, où Victor Hugo retrouve avec attendrissement ses impressions d’enfance, alors que, tout petit, à l’époque des grandes guerres, il suivait son père. Il parcourt tout le pays du Guipuzcoa, il revoit ce village d’Hernani dont le nom était toujours demeuré dans sa mémoire. Il cause avec les batelières de Pasages…

Parmi les livres posthumes d’Hugo, celui-ci est vraisemblablement celui qui nous tait pénétrer le plus directement dans l’intimité de son esprit.


Le Radical.

Georges Lefèvre.

Dans le superbe poème qu’il vient de publier, et qui sera l’œuvre de sa vie, dans Futura, Auguste Vacquerie a dit :

Est-ce un voyageur, celui qui promène
Ses talons des pics neigeux aux prés verts ?
Enfant, il existe un autre univers
Plus grand que le tien : la pensée humaine.

Ces vers chantaient dans ma mémoire pendant que je dévorais le dernier volume paru des œuvres posthumes de Victor Hugo, et je me demandais, moi, voyageur insatiable, si cette fois encore le poète n’avait pas raison. J’ai visité les Pyrénées, j’ai maintes fois parcouru les Alpes, et il me semble, maintenant que j’ai fermé En Voyage, que je ne les connaissais pas.

Le voyageur, celui qui va demander aux pays lointains des sensations et des émotions nouvelles, ne saurait être rassasié par la contemplation d’un site s’il ne voit dans ce site que son caractère purement matériel, limité au contour et à la couleur. Les choses ont à la fois leur beauté physique et leur beauté morale, et il n’y a point de honte à avouer que cette dernière ne nous apparaît pas toujours de prime abord.

Nous avons besoin, nous qui ne sommes pas des hommes de génie, qu’on nous explique ce grand rébus éternel, cette énigme perpétuellement posée de la nature. C’est de ce commentaire que Victor Hugo s’est chargé ; et comme un peintre idéalise à peu près fatalement son modèle et met, même à son insu, dans un portrait qu’il exécute, une part de lui-même, le grand poète a prêté aux sites qu’il décrivait sa flamboyante poésie. Ce ne sont plus seulement des paysages que nous offre En Voyage, ce sont des paysages expliqués par Victor Hugo…

Mais le caractère le plus attachant et le plus merveilleux de ces récits, c’est certainement la vie donnée à ce qu’on ne voit pas, à l’histoire des lieux décrits ; sous la plume fée du poète, ces montagnes et ces vallées, ces villes étranges, ces hameaux guerriers de Suisse, ces villages sauvages des Pyrénées se peuplent de leurs habitants disparus, revivent un moment leur vie d’autrefois.

Et dans cette majestueuse évocation, nous voyons passer devant nous tous ces hommes, tous ces combattants de la vieille indépendance helvétique ; nous les voyons reparaître sur les lieux mêmes où grandit leur gloire…

… Et quand Victor Hugo a franchi la frontière d’Espagne, quand il a remis, après tant d’années, le pied sur ce sol qu’il avait foulé enfant, ce sont ses propres souvenirs qui l’assiègent et ces souvenirs sont charmants. Il règne là-dedans une exquise fraîcheur.

Puis, quand cette excursion est finie dans le passé, quand cette riante vision a disparu, le volume continue, sombre, sévère, superbe.

Décidément, Auguste Vacquerie a raison :

Je reviens d’endroits que ton âme envie,
Et je vais passer mon reste de vie
Dans un trou, voulant voyager un peu :
Je lirai !…

Et ceux-là seront nombreux qui suivront mon exemple et voyageront comme moi, avec le livre.


Le Figaro.

Philippe Gille.

… Ce livre est un des plus beaux que le poète ait écrits dans toute la force, dans toute la plénitude de son talent. Tout serait à citer, et c’est une joie de connaître ou de reconnaître avec Victor Hugo les merveilles qu’il a visitées ; à chaque pas, c’est une minutieuse ou superbe description, une évocation…

… Chemin faisant, je trouve une amu-