Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome I.djvu/80

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résulte de l’ensemble une discordance inévitable qui choque sans qu’on s’en rende raison. Les auteurs excellents, anciens et modernes, ont toujours travaillé seuls, et voilà pourquoi ils sont excellents.




UN FEUILLETON.




Décembre 1820.


THÉÂTRE-FRANÇAIS


JEAN DE BOURGOGNE.
Tragédie en cinq actes.


C’est un inconvénient des sujets historiques d’embarrasser l’intelligence de notre savant parterre. Il arrive devant la toile sans rien connaître aux événements qui vont se passer sous ses yeux, et auxquels ne l’initie qu’assez superficiellement une exposition toujours mal écoutée ou mal entendue. C’est dans le journal du lendemain que les spectateurs iront le plus souvent chercher de quelle race sortait le héros, à quelle famille appartenait l’héroïne, sur quel trône régnait le tyran, désappointés si le critique n’éclaire pas leur ignorance, et ne leur dit pas, comme au valet Hector, de quel pays était le galant homme Sénèque.

Nous nous dispenserons toutefois d’obéir à l’usage, d’abord, parce que longtemps avant que nous ne nous mêlassions de régenter les théâtres, les petits précis historiques des feuilletons nous avaient toujours paru fort ennuyeux ; ensuite, parce que nous ne pouvons décemment nous flatter de réussir mieux au métier d’historien que tant d’Aristarques, plus habiles que nous, nos devanciers ; et, sur ce, fort de l’avis de Barnes, qu’il suffit, pour gagner une cause, de trouver deux raisons, bonnes ou mauvaises, nous passons à Jean de Bourgogne.

Dès les premières scènes de cette pièce, nous voyons se dessiner trois principaux caractères, ce qui nous donne deux actions distinctes, ou, si l’on veut, deux faits en question différents, savoir : la question entre le dauphin et le duc de Bourgogne, ou la France sera-t-elle sauvée ? et la question entre le duc de Bourgogne et Valentine de Milan, ou la mort du duc d’Orléans sera-t-elle vengée ? À cette inadvertance de diviser ainsi l’attention du spectateur en présentant deux héros à son affection, l’auteur a joint le tort beaucoup plus grand de ne pas réunir les deux affections qui en résultent en un