Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome II.djvu/521

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la même origine, Jupiter, Brahma, Allah, Adonaï, c’est-à-dire Dieu sous ses divers pseudonymes. Ces droits divins étaient tous de bonne qualité, bien conformés, vivaces et tenaces. Il découle du droit divin de Mahomet, de Bouddha,.du dieu Fô et du dieu Vitziliputli tout aussi bien que de Jésus-Christ. À Siam, la trompe de l’éléphant blanc est du droit divin visible. Le sultan avait et a encore, je crois, son droit divin, en vertu duquel il faisait étrangler ses frères ; aujourd’hui, il y a amélioration, grâce au progrès, et si l’on en croit les journaux du levant, il ne ferait plus étrangler que ses petits-fils. Le shah avait son droit divin en vertu duquel D faisait de temps en temps empaler ou écorcher vifs ses douze ou quinze cents parents qualifiés mirzas ; le grand mogol avait son droit divin en vertu duquel il faisait enfoncer des roseaux sous les ongles de ses sujets ; le grand khan son droit divin qui consistait à tout piller autour de lui ; le grand lama son droit divin qui rendait ses excréments mangeables ; l’iman de Mascate, prêtre, son droit divin qui le rendait capable de sept cents femmes ; l’empereur du Maroc, son droit divin, encore existant à cette heure, qui se manifeste par sept sonneries de trompettes chaque fois qu’il digère ; le daïri du Japon, son droit divin qui l’oblige à ne pas bouger de peur de casser la terre ; le cacique des Botocudos son droit divin qui lui confère le privilège de se pendre un poêlon de terre cuite à la lèvre inférieure ; le roi des Toucouleurs son droit divin qui l’autorise à s’oindre, non de saint chrême, mais de lard rance ; le roi de Darfour son droit divin qui vous force, sous peine de mort et de manque aux convenances, à vous barbouiller le visage de boue chaque fois qu’il passe. ; le roi de Dahomey son droit divin qui se constate par regorgement de quatre mille esclaves à son couronnement afin de faire, ce jour-là, un petit lac de sang humain pour la promenade en barque de sa majesté. Allez en Chine, entre un poussah et un magot, vous y trouverez le droit divin. Cette potiche complète la Chine. L’empereur de la Chine a une « grâce de Dieu » par laquelle il règne et faite exprès pour lui, qui lui donne le droit de vivre dix mille ans. Sa majesté a la bonté de n’en point user.

Ne riez pas, le césarisme se fâcherait. Le César de Rome qui a fait souche s’intitulait : Son Éternité.

Le droit divin a un synonyme : Glaive. Il est un peu dans le soldat, beaucoup dans le bourreau. Associé à la gloire, il est la guerre, associé à la justice, il est la mort. L’échafaud est, lui aussi, un mystère. Il a du ciel en lui, comme le trône. L’échafaud ne pouvant être humain, est forcé d’être divin. Il l’est. Le juif l’extrait de la Bible, le turc du Koran, l’indou du Véda, le parsi du Zend-Avesta. Le bourreau a un cousin, le sacrificateur. L’allumeur d’autodafé touche d’un coude Saint-Pie V et de l’autre coude