Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome II.djvu/625

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tous à tous.

Chacun a droit à sa part de fond commun, l’Être. Nul refus n’est possible.

Une succion mystérieuse des effluves de l’un par les lacunes de l’autre met tous les mondes en communication.

Les irradiations qui s’entre-pénètrent, font une plénitude.

L’irradiation est équivalente à l’absorption.

L’univers ne manque nulle part.

Il y a, au-dessus des créations locales, et pour les relier, un univers collecteur.

Les petits univers rentrent par une série d’engrenages, ceux-ci télescopiques, ceux-là microscopiques, dans le mécanisme du grand.

Dans notre univers à nous, les orbites planétaires pèsent les unes sur les autres, et leur déplacement incline ou relève les obliquités de toutes les écliptiques. Oscillation prodigieuse.

La mort n’est pas. Tout est la vie. La vie est partout. Quelle vie ? La nôtre ? Oui et non. Oui, comme principe. Non, comme forme.

Mercure, pour qui le Soleil est sept fois plus grand que pour nous, a une atmosphère aussi chaude que de l’huile bouillante ; Oceanus est plus froid que le vif-argent congelé. Variantes du gouffre.

Y a-t-il çà et là des raréfactions de la vie ? Rien ne le démontre. Nous croyons plutôt à des transformations qu’à des diminutions. Des éclipses, oui. Des noirceurs, non.

La vraie science croit et affirme. Tout cône de ténèbres vient d’un obstacle momentané. Attendez, l’obstacle se déplacera et le cône d’ombre passera. La certitude reparaîtra.

Quiconque nie est la dupe d’une occultation.

Donc croyons à la Vie.

Du reste tous ces mots, glace, chaleur, lumière, nuit, n’ont pas de sens dans l’absolu. La vie universelle n’est que relation. Un vivant n’est pas juge d’un autre vivant. Tu meurs de ce dont je vis. Chacun est selon son milieu. La taupe a l’œil plus petit que l’abeille. Oceanus n’a pas froid, Mercure n’a pas chaud. Pour la bête du feu aux écailles de bronze rouge qui, au dire de Jean Trithème, serpente, heureuse, dans les charbons ardents, et qui, tirée de la fournaise, noircit et expire, agonisant hors de la flamme comme le poisson hors de l’eau, pour cette salamandre notre terre est glace, et notre printemps est la mort. Un lit de braises est son paradis ; nos roses lui feraient horreur.

Tout est un ; mais rien n’est pareil à rien.

Vénus, qui a le même diamètre que la Terre, porte des montagnes de dix lieues de haut.

Le même être, placé ailleurs, sera autre. Le temps lui-même n’a pas d’identité. Une minute de Jupiter équivaut à trois de