Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/220

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Règne sur mes sens combattus ;
Oh ! de ton sceptre d’or romps leur chaîne fatale,
Et nuit et jour, pareille à l’antique vestale,
Veille au feu sacré des vertus.

Est-ce toi dont le souffle a visité ma lyre,
Ma lyre, chaste sœur des harpes de Sion ;
Et qui viens dans ma nuit, avec un doux sourire,
Comme une belle vision ?
Sur mes terrestres fers, ô vierge glorieuse,
Pose l’aile mystérieuse
Qui t’emporte au ciel dévoilé.
Viens-tu m’apprendre, écho de la voix infinie,
Quelque secret d’amour, de joie ou d’harmonie,
Que les anges t’ont révélé ?

               II

Vis-tu ces temps d’innocence,
Où, quand rien n’était maudit,
Dieu, content de sa puissance,
Fit le monde et s’applaudit ?
Vis-tu, dans ces jours prospères,
Du jeune aïeul de nos pères
Ève enchanter le réveil,
Et, dans la sainte phalange,
Au front du premier archange
Luire le premier soleil ?

Vis-tu, des torrents de l’être,
Parmi de brûlants sillons,
Les astres, joyeux de naître,
S’échapper en tourbillons ;
Quand Dieu, dans sa paix féconde,
Penché de loin sur le monde,