Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/238

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Épitaphe


Hic praeteritos commemora dies, aeternos meditare.


Jeune ou vieux, imprudent ou sage,
Toi qui, de cieux en cieux errant comme un nuage,
Suis l’instinct d’un plaisir ou l’appel d’un besoin,
Voyageur, où vas-tu si loin ? -
N’est-ce donc pas ici le but de ton voyage ?


La Mort, qui partout pose un pied victorieux,
A couvert mes splendeurs d’ombres expiatoires.
Mon nom même a subi son voile injurieux ;
Et le morne oubli cache à ton œil curieux
S’il est dans mon néant quelqu’une de tes gloires.


Passant, comme toi j’ai passé.
Le fleuve est revenu se perdre dans sa source.
Fais silence ; assieds-toi sur ce marbre brisé.
Pose un instant le poids qui fatigue ta course ;
J’eus de même un fardeau qu’ici j’ai déposé.


Si tu veux du repos, si tu cherches de l’ombre,
Ta couche est prête, accours ! loin du bruit on y dort.
Si ton fragile esquif lutte sur la mer sombre,
Viens, c’est ici l’écueil ; viens, c’est ici le port !


Ne sens-tu rien ici dont tressaille ton âme ?
Rien qui borne tes pas d’un cercle impérieux ?