Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/241

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Jetait aux lions vingt esclaves,
Dont on avait caché les chaînes sous des fleurs !

Venez, Rome à vos yeux va brûler, — Rome entière !
J’ai fait sur cette tour apporter ma litière
Pour contempler la flamme en bravant ses torrents.
Que sont les vains combats des tigres et de l’homme ?
Les sept monts aujourd’hui sont un grand cirque, où Rome
Lutte avec les feux dévorants.

C’est ainsi qu’il convient au maître de la terre
De charmer son ennui profond et solitaire !
Il doit lancer parfois la foudre, comme un dieu !
Mais, venez, la nuit tombe et la fête commence.
Déjà l’Incendie, hydre immense,
Lève son aile sombre et ses langues de feu !

Voyez-vous ? voyez-vous ? sur sa proie enflammée,
Il déroule en courant ses replis de fumée ;
Il semble caresser ces murs qui vont périr ;
Dans ses embrassements les palais s’évaporent…
— Oh ! que n’ai-je aussi, moi, des baisers qui dévorent,
Des caresses qui font mourir !

Écoutez ces rumeurs, voyez ces vapeurs sombres,
Ces hommes dans les feux errant comme des ombres,
Ce silence de mort par degrés renaissant !
Les colonnes d’airain, les portes d’or s’écroulent !
Des fleuves de bronze qui roulent
Portent des flots de flamme au Tibre frémissant !

Tout périt ! jaspe, marbre, et porphyre, et statues,
Malgré leurs noms divins dans la cendre abattues.
Le fléau triomphant vole au gré de mes voeux,
Il va tout envahir dans sa course agrandie,
Et l’Aquilon joyeux tourmente l’incendie,
Comme une tempête de feux.