Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/650

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II

CANARIS.


Faire sans dire.
Vieille devise.


Lorsqu’un vaisseau vaincu dérive en pleine mer ;

Que ses voiles carrées

Pendent le long des mâts, par les boulets de fer

Largement déchirées ;


Qu’on n’y voit que des morts tombés de toutes parts,

Ancres, agrès, voilures,

Grands mâts rompus, traînant leurs cordages épars

Comme des chevelures ;


Que le vaisseau, couvert de fumée et de bruit,

Tourne ainsi qu’une roue ;

Qu’un flux et qu’un reflux d’hommes roule et s’enfuit

De la poupe à la proue ;


Lorsqu’à la voix des chefs nul soldat ne répond ;

Que la mer monte et gronde ;

Que les canons éteints nagent dans l’entre-pont,

S’entre-choquant dans l’onde ;


Qu’on voit le lourd colosse ouvrir au flot marin

Sa blessure béante,

Et saigner, à travers son armure d’airain,

La galère géante ;