Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/664

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V

NAVARIN.


Ἢ ἢ ἢ ἢ ἢ, τρισκάλμοισιν
Ἢ ἢ ἢ ἢ ἢ, βάρισιν ὀλόμενοι.
Eschyle. Les Perses.
Hélas ! hélas ! nos vaisseaux,
Hélas ! hélas ! sont détruits!


I


Canaris ! Canaris ! pleure ! Cent vingt vaisseaux !
Pleure ! Une flotte entière ! — Où donc, démon des eaux,

Où donc était ta main hardie ?

Se peut-il que sans toi l’ottoman succombât ?
Pleure ! comme Crillon exilé d’un combat,

Tu manquais à cet incendie !


Jusqu’ici, quand parfois la vague de tes mers
Soudain s’ensanglantait, comme un lac des enfers,

D’une lueur large et profonde,

Si quelque lourd navire éclatait à nos yeux,
Couronné tout à coup d’une aigrette de feux,

Comme un volcan s’ouvrant dans l’onde ;


Si la lame roulait turbans, sabres courbés,
Voiles, tentes, croissants des mâts rompus tombés,

Vestiges de flotte et d’armée,

Pelisses de vizirs, sayons de matelots,
Rebuts stigmatisés de la flamme et des flots,

Blancs d’écume et noirs de fumée ;