Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/673

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



« Tes dieux s’en vont aussi. Parthénon, Propylées,
Murs de Grèce, ossements des villes mutilées,
Vous devenez une arme aux mains des mécréants.
Pour battre ses vaisseaux du haut des Dardanelles,
Chacun de vos débris, ruines solennelles,
Donne un boulet de marbre à leurs canons géants ! »

Qu’on change cette plainte en joyeuse fanfare !
Une rumeur surgit de l’Isthme jusqu’au Phare.
Regardez ce ciel noir plus beau qu’un ciel serein.
Le vieux colosse turc sur l’Orient retombe,

La Grèce est libre, et dans la tombe
Byron applaudit Navarin.


Salut donc, Albion, vieille reine des ondes !
Salut, aigle des czars qui planes sur deux mondes !
Gloire à nos fleurs de lys, dont l’éclat est si beau !
L’Angleterre aujourd’hui reconnaît sa rivale.
Navarin la lui rend. Notre gloire navale
À cet embrasement rallume son flambeau.

Je te retrouve, Autriche ! — Oui, la voilà, c’est elle !
Non pas ici, mais là, — dans la flotte infidèle.
Parmi les rangs chrétiens en vain on te chercha.
Nous surprenons, honteuse et la tête penchée,

Ton aigle au double front cachée
Sous les crinières d’un pacha !


C’est bien ta place, Autriche ! — On te voyait naguère
Briller près d’Ibrahim, ce Tamerlan vulgaire ;
Tu dépouillais les morts qu’il foulait en passant ;
Tu l’admirais, mêlée aux eunuques serviles,
Promenant au hasard sa torche dans les villes,
Horrible, et n’éteignant le feu qu’avec du sang.

Tu préférais ces feux aux clartés de l’aurore.