Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/710

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Elle arrive, et la fleur qu’elle attache à son front

Nous semble toujours la plus belle.


Certes, le vieux Omer, pacha de Négrepont,
Pour elle eût tout donné, vaisseaux à triple pont,

Foudroyantes artilleries,

Harnois de ses chevaux, toisons de ses brebis,
Et son rouge turban de soie, et ses habits

Tout ruisselants de pierreries ;


Et ses lourds pistolets, ses tromblons évasés,
Et leurs pommeaux d’argent par sa main rude usés,

Et ses sonores espingoles,

Et son courbe damas, et, don plus riche encor,
La grande peau de tigre où pend son carquois d’or,

Hérissé de flèches mogoles.


Il eût donné sa housse et son large étrier ;
Donné tous ses trésors avec le trésorier ;

Donné ses trois cents concubines ;

Donné ses chiens de chasse aux colliers de vermeil ;
Donné ses albanais, brûlés par le soleil,

Avec leurs longues carabines.


Il eût donné les francs, les juifs et leur rabbin ;
Son kiosque rouge et vert, et ses salles de bain

Aux grands pavés de mosaïque ;

Sa haute citadelle aux créneaux anguleux ;
Et sa maison d’été qui se mire aux flots bleus

D’un golfe de Cyrénaïque.


Tout ! jusqu’au cheval blanc, qu’il élève au sérail,
Dont la sueur à flots argente le poitrail ;

Jusqu’au frein que l’or damasquine ;

Jusqu’à cette espagnole, envoi du dey d’Alger,
Qui soulève, en dansant son fandango léger,

Les plis brodés de sa basquine !