Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/122

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Oh ! ces Dantes géants, ces vastes Isaïes ! 
Ils frappent les fronts vils et les têtes haïes ; 
Ils ont pour loi punir, trancher, supplicier ;
Ils sont la probité sinistre de l’acier ; 
Nul homme n’est plus grand sous le ciel solitaire 
Que ces archanges froids et tristes de la terre ; 
Ils sont les punisseurs ; quand, jadis tout-puissant,
Songeant qu’il reste encor dans ses ongles du sang,
Un coupable franchit, tremblant, presque en prière, 
La porte de la tombe, il les trouve derrière ; 
De tous les jours du crime ils ont le lendemain ; 
Une balance énorme oscille dans leur main ; 
La nuit a pour sommet leur formidable gloire ; 
Ils sont les juges d’ombre, ils ont l’équité noire ; 
Mais, gouffres ! laissez-moi, quel que soit le chemin, 
M’évader d’un coup d’aile étrange et surhumain,
Et m’enfuir, et chercher la justice étoilée !