Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/123

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II

 
Regardez cet enfant de cinq ans ; la feuillée 
N’a pas d’oiseau plus pur, plus frais, plus ébloui ; 
La bénédiction semble sortir de lui ; 
Tout en lui dit : — Vivez ! aimez-moi ! je vous aime. —
Il est fait de candeur et de grâce suprême ; 
Quoiqu’il ignore tout, il a l’air d’un flambeau ; 
Trait d’union de l’aube à l’ombre, il est si beau 
Et si doux qu’on dirait que l’église et la fable 
Ont dû, pour composer cette tête ineffable, 
Mêler l’enfant Jésus et l’enfant Cupidon ; 
Son regard ingénu fait l’effet d’un pardon ; 
Et l’homme le plus dur lui-même est sans défense 
Devant cette adorable et radieuse enfance ; 
Il est colombe, il est agneau ; ses cheveux d’or 
Rayonnent ; il caresse et chante ; il est encor 
Tout plein de la bonté divine ; il en arrive, 
C’est le nouveau venu de la céleste rive ; 
On dirait un petit archange éblouissant ; 
Il monte sur un trône ; oh non ! il y descend ; 
Pourtant on sent en lui la pauvre âme asservie, 
La faiblesse profonde et sombre de la vie ; 
Si beau qu’il soit, c’est l’homme avec son frêle esprit ; 
C’est de l’infirmité charmante qui sourit ; 
Notre fragilité redoutable et frivole 
Se mêle, ombre terrestre, à sa blanche auréole ; 
Son pas tremble, et son front ploie ainsi qu’un roseau ; 
Mais il n’en est pas moins l’innocent du berceau,
Et dans ses beaux yeux clairs où l’amour semble éclore 
Il a du paradis toute l’immense aurore. 

A présent regardez cet homme, Villerov ; 
Il vient, l’ange le voit approcher sans effroi,