Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/138

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VI

VI Voyons, vous tous, que quelqu’un vienne Avec moi, jusqu’à l’ombre antédiluvienne, Jusqu’au loup primitif Nemrodj puis remontons A nos siècles chrétiens et lettrés, à tâtons ; Évoquons tous les rois, citons à notre barre Guy le Baveux, Mainfroy le Noir, Jean le Barbare, Mathias le Sanguinaire et Pierre le Cruel ; Suivons dans les tombeaux quelque âpre Ézéchiel Qui pour nous ressuscite Aureng-Zeb, et ranime L’atroce Rhinomète et l’impur Copronyme ; Allons des grecs aux turcs, des émirs aux sophis, Du schah tuant son père au czar tuant son fils ; Faisons lever, hagards, tous ces hommes de l’ombre, Macbeth, prince d’Angus, Oswy, roi de Northumbre, Le Valentinien dormant avec ses ours, Boris dans son Kremlin, Achmet dans les Sept Tours, Les Pharaons couchés dans les hiéroglyphes, Les satrapes, les deys, les lamas, les califes, Les dresseurs de gibets, les traîneurs de canons ; Faisons l’appel des cheiks et des soudans ; prenons Tous les règnes en bloc, en masse tout l’empire ; Interrogeons Eschyle et réveillons Shakspeare ; Aux poètes sacrés faisons des questions ; Que nous répondraient-ils si nous les attestions ? — Ces hommes n’étaient pas pires que d’autres hommes. Ce qui fait les Césars, c’est l’air fatal des Romes ; Tant qu’Isis voilera la raison, les Memphis Et les Thèbes auront les Pharaons pour fils ; C’est l’atmosphère étrange et terrible du trône