Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/154

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XIII

Oh ! je dis aujourd’hui comme toi, mon vieux Dante ; Mais triste et d’une voix moins fauve et moins stridente : « — Si l’on ne comprend pas, je vais recommencer ; « Ce peuple est comme l’eau qu’on fend sans la creuser, « Et je lui redirai cent fois la même chose ! — » Quel plaidoyer farouche et quelle rude cause ! La pitié tremble, ayant contre elle tout le cri Et toute la douleur du genre humain meurtri.
*
O vous, les inconnus, l’irresponsable foule, Vous sur qui la minute inconsciente coule, Heureux d’être petits, et sentant quel secours L’oubli donne aux vivants si confus et si courts, Ne faisant point un pas qui ne soit effaçable, N’ayant d’autre souci que d’être grains de sable, Représente2-vous donc ce que c’est qu'un passant Qui se croit Absolu, Très-haut et Tout-Puissant ! Imaginez-vous donc ce que c’est qu’un despote ! Il rit stupidement au peuple qui sanglote ; Sa grandeur, lui venant du néant, l’amoindrit ; L’énormité du trône écrase son esprit ; Sous cet homme l’honneur périt, le droit s’absente. La paix est un marais de honte croupissante ; Lois, justice, clergé, tout est corruption. Pour gagner tes procès, es-tu Trimalcion ? Bien. Paye. Es-tu Phryné ? Montre ta gorge aux juges On aspire aux tombeaux ainsi qu’à des refuges ; La guerre est un tumulte informe, un cliquetis