Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/156

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Et chacun d’eux, tremblant sans pouvoir s'en distraire,
Met la main au poignard sitôt qu’il voit son frère ; 
Alonze va changeant de chambre chaque nuit ; 
Louis onze grelotte et maigrit ; Henri huit 
Fait fouiller tous les soirs son lit à coups d’épée ; 
Rustem est une brute à tuer occupée, 
Lisant dans tous les yeux d’implacables desseins 
Et dans tous les passants rêvant des assassins.


*
Ah ! ces porte-fléaux fléchissent sous leur charge. Plus le front est étroit, plus la couronne est large. Hélas ! que devenir avec ce genre humain Dont on ne sait que faire et qu’on a dans la main ? Ah ! le roi ! des splendeurs ténébreux cénobite ! Vous vous éblouisses du palais qu’il habite, De la fanfare auguste et fière qui le suit Et lui fait sur la tête un triomphe de bruit, Du cortège inouï qui devant ses pas s’ouvre ; Hélas ! vous l’envies pour son spectre de Louvre ! Vous le voyez d’en bas, superbe, impérial, Puissant, dans un Rœmer, dans un Escurial, Parmi des hommes d’or et des femmes de soie, Dans un grand flamboiement qui semble de la joie, Peuple, et vous l’admirez, sans vous apercevoir Qu’éclatant au dehors, au dedans il est noir. A de certains moments savez-vous ce qu’il souffre Quand un vague réveil lui laisse voir son gouffre ? Vous l’enviez de loin, mais la surface ment. La douleur est au fond de son rayonnement ; Vous sentez la chaleur, mais il sent la brûlure. L'heure en frappant lui fait au crâne une fêlure. Il porte le pouvoir comme un bœuf le licou.