Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/157

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Avez-vous médité sur le czar de Moscou ? Avez-vous médité sur l'empereur de Rome ? Chiffre obscur ! zéro noir qui du monde est la somme ! Avez-vous médité sur l’horreur du sultan ? Une lueur de perle argenté son caftan ; Il voit un paradis de vagues avenues. De bains lascifs, d’oiseaux, de fleurs, de femmes nues. Par le vitrail qui s’ouvre au fond du corridor ; Il a sur son turban la lune aux cornes d’or, L’astre qui fait l’éclipsé et qui fait la démence, Son pouvoir est un champ que la mort ensemence ; Il est comme au milieu d’une mer sous les cieux ; Dans les hideux pensers il est silencieux Comme ces rocs que vont souiller les stercoraires ; En saisissant le sceptre il a tué ses frères ; Afin qu’il fut despote, afin qu’il fut vainqueur, A cet homme lugubre on a coupé le cœur ; Son trône est un charnier, sa ville est un décombre ; Cent monstres blancs et noirs gardant son palais sombre, D’un maître épouvantable esclaves effrayants, Le couvent jour et nuit de leurs yeux flamboyants, Et se penchent, haïs de l’homme et de la femme, Eunuques de la chair, sur l’eunuque de l’âme.
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Je vous le dis, les cœurs tendres sont les cœurs grands ; Il est temps qu’on se mette à plaindre les tyrans. La justice trop juste est sœur de la vengeance. Pardonnons. Jetons, même aux démons, l’indulgence ; Oui, l’aumône, elle aussi, doit avoir sa grandeur. N’imprimons le fer chaud sur aucune laideur ;