Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/218

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Un dogme a le cadran des heures pour souci ;
Tant qu’il n’a point de ride, il n’a pas réussi ;
Il lui faut, et c’est là sa seule inquiétude,
Le rajeunissement de la décrépitude ;
C’est par la vétusté qu’il plaît ; Christ envieux
Regarde Teutatès caduc et Brahma vieux ;
Le vrai n’est vrai, dans l’ombre où le temps nous dépouille,
Qu’à la condition d’être couvert de rouille.
Un dogme vermoulu fait bien dans le ciel bleu.
La patine du bronze est nécessaire à Dieu.
L’évidence a besoin, dans l’azur de l’idée,
D’être depuis longtemps des hommes regardée,
De beaucoup de croyants brûlant du même feu,
Et de beaucoup de terre au-dessous d’elle. Un dieu
N’est dieu qu’autant qu’il prend racine comme un arbre ;
L’argile de la foi durcit et devient marbre ;
Soyez un verbe, un rite, une religion ;
Apportez-nous des saints groupés en légion
Et des anges coiffés d’étoiles à facettes,
Réglez l’esprit, le cœur, l’âme, ayez des recettes
Pour faire janvier chaud ou juillet pluvieux,
C’est bien ; mais commencez d’abord par être vieux.
Si les autels ont droit d’être environnés d’âmes,
Si c’est le ciel qui parle en chaire aux bonnes femmes,
Si les cultes sont purs, solides, sûrs, certains,
Vrais, cela se mesure au nombre des matins
Qu’à vus le coq juché sur la tour du village ;
Une religion qui sent lui venir l’âge
Triomphe à chaque siècle, et dit : Encor cent ans !
J’existe ! — Et l’Éternel cherche à gagner du temps !