Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/219

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IV

AU THÉOLOGIEN.

*

Soit que vous vous coiffiez de turbans en batiste,
Ou de mitres mêlant la perle à l’améthyste,
Ô prêtres, ô porteurs d’éphods et de rabats,
Étant donné le droit de sottise ici-bas,
Vous en usez avec une ardeur sans pareille.
Parce que le Très-Haut, faisant la sourde oreille,
À l’air de ne rien voir et de tout accepter,
Parce que Dieu se laisse à peu près insulter,
Et que ce patient des Tedeums ne raille,
Dans sa bonté, pas même un évêque qui braille,
Vous avez profité de son air bon enfant
Pour lui faire endosser l’absurde triomphant,
Là dans les sanhédrins et là dans les conciles,
Et pour bâcler beaucoup de livres imbéciles,
Prêtres, vous remuez aussi facilement
La malédiction, le mensonge inclément,
L’imposture et l’erreur dans vos pesants volumes
Que le petit oiseau fouille du bec ses plumes.


*

Où prends-tu, moine, abbé de visions imbu,
Ce Tout-Puissant myope et ce Très-Haut fourbu ?
Prêtre, qu’est-ce que c’est que cet Orgon céleste,
Dieu podagre que dupe un démon jeune et leste ?
Ah ! docteur ! quel beau jeu tu donnes, imprudent,
Aux rieurs, point fâchés d’avoir Dieu sous la dent !