Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/222

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Je le lorgne, je flâne et ris, je baguenaude,
Son nez majestueux reçoit ma chiquenaude ;
Certe, il se fâche ; il dit, furieux et rêvant :
— Où diable ai-je fourré ma foudre ? — Mais avant
Que ce Géronte ait mis la main sur son tonnerre,
Moi, tranquille et marchant de mon pas ordinaire,
Je suis déjà bien loin. Il foudroie à côté.
De là votre éloquence et de là ma gaîté,
Bons prédicateurs. —


*

Bons prédicateurs. — Certe, à cela que répondre ?
La foi vient couver l’œuf qu’on a vu l’erreur pondre ;
L’église sur l’enfant fait peser les aïeux ;
Et met à l’ignorance un dogme sur les yeux.
Le prêtre apporte à l’homme une carte routière
Du ciel profond, avec péage à la frontière.
Fouille-toi, mort. On paye au pont du paradis.
Si tu n’as pas le sou, reste avec les maudits.
Un Dieu méchant qu’on loue, un Dieu bon qui menace,
Un Dieu signé Sanchez, Trublet, de Maistre, Ignace,
Luit dans l’ombre, entouré de vieillards clignotants,
Et c’est fini ; voilà de la nuit pour longtemps.
Ô prêtres ! ce Dieu-là, sous son dais à panache,
Est du monde idiot la suprême ganache ;
Il a l’utilité des vieux épouvantails,
On le sculpte, aïeul sombre, au cintre des portails ;
Il écoute, un peu sourd, la cloche sa voisine ;
Il fait joindre les mains aux passants, il fascine
Les bons moutons humains que mènent les bedeaux,
Et charme les rapins qui, le sac sur le dos
Et les guêtres aux pieds, vont barbouillant des croûtes
Dans les pays, en juin, quand les arbres des routes
S’agitent et se font mille signes de loin,
Joyeux d’avoir peigné les charrettes de foin.