Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/225

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La nature a le singe, et l’église a le diable ;
Vive le singe ! il est plus gai. Dans votre fable,
Le Capricorne, étoile, astre, tombe si bas
Qu’il n’est plus que le bouc immonde des sabbats ;
L’enfer triste est doublé d’un paradis féroce ;
Démons, damnés, maudits, sont dans la cuve atroce,
Leur tourment fait le ciel plus céleste, et le bain
Qui les cuit rafraîchit là-haut le chérubin ;
Mais le démon a beau rôtir, il est fort terne ;
Et l’on ne comprend pas que dans cette citerne
Du flamboiement sans fond, avec un tel grief
Et tant de haine, Iblis ait si peu de relief.
La femelle d’Othryx, la pieuvre dont les pattes
Sans quitter l’Ararat s’accrochaient aux Carpathes,
Et qui, plongeant sous l’eau, faisait hausser les mers,
N’est plus qu’une nabote aux petits ongles verts,
Et le peuple, qu’au fond votre impuissance blesse,
Rit devant la titane avortée en diablesse ;
Linus, venant du ciel sur Pégase, au relai,
Trouve votre sorcière enfourchant son balai ;
La diablerie au moine apparaît, et pullule,
Espèce de vermine, au mur de la cellule ;
Mais ces monstres sont vils, ces nains sont plus blafards
Que le lourd sphinx sortant la nuit des nénuphars
Et que l’impur crapaud caché sous les broussailles ;
Et l’on dirait que ceux qui firent ces grisailles
Et tous ces à-peu-près et tous ces camaïeux
N’ont ébauché Satan que pour créer Mayeux.