Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/232

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Ne baisse pas le front, ne tourne pas l’épaule,
En poussant au zénith l’effrayant chariot,
Pour voir ce que Voltaire écrit à Thieriot.
Les rieurs sont-ils sûrs de leur rire ? Leur style
Élide volontiers Dieu, syllabe inutile ;
Du vieux surplis du prêtre ils chiffonnent l’empois ;
Mais que veulent- ils ? Faire aux croyants contrepoids.
Est-ce tout ? À quoi bon ? Quel choix dans la nuit noire !
Le hasard de nier ou le hasard de croire !
Que sert, dans cette énigme où l’homme est enfoui,
De balbutier Non parce qu’on bégaye Oui ?

Donc, esprit, prends ton vol, si tu te sens des ailes.
Mais, homme, quel que soit l’éclair de tes prunelles,
N’espère pas, si haut que ton âme ait monté,
T’envoler au delà de ton humanité.
Va ! mais, songes-y bien, nul ne sort de sa sphère.
L’Être en qui tout se fond, mais de qui tout diffère,
A fait les régions pour qu’on s’y renfermât ;
Et l’oiseau le plus libre a pour cage un climat.