Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/233

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II

PHILOSOPHIE


*

 
Homme, qu’est-ce que c’est que tes cérémonies
Misérables, devant les choses infinies ?
A quoi bon tes poeans, tes chants, tes hosannas ?
Pourquoi, n’ayant pas plus de jours que tu n’en as,
Prier au pied d’un tas d’autels contradictoires ?
Quelle manie, atome en proie aux purgatoires,
As-tu d’interpeller les cieux ? et quel besoin
De prendre l’invisible et l’obscur à témoin ?
Crois-tu féconder l’Ombre en y semant des rites,
Des formules de nuit sur du brouillard transcrites ?
T’imagines-tu donc, être aux songes bornés,
Que, lorsqu’avec tes yeux, tes oreilles, ton nez,
Tu bâtis un fétiche ayant ta ressemblance,
En t’adressant au vide insondable, au silence,
Au mystère, à l’horreur, tu les amèneras
A lui faire des pieds quand tu lui fais des bras ?
Te figures-tu pas que le gouffre, où Socrate,
Les druides d’Armor, les mages de l’Euphrate,
Jean de Patmos, et Dante, et Thalès ont frémi,
Entrera pour sa part, et de compte à demi,
Dans la formation de quelque être inutile
Que la réalité de toutes parts mutile ?
Quiconque, apôtre, augure, ou barde au large front,
Forge un Dieu de son mieux et l’offre au ciel profond,
N’aperçoit que la brume et la noirceur confuse
Du firmament sinistre et calme, qui refuse ;
L’homme a beau présenter un Dieu, prémédité