Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/259

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Terpandre et Callimaque ont des ailes de plomb ;
Qu’Arouet, Kant, Hegel n’en savent pas plus long ;
Et que le sphinx qui dit la parole certaine
N’est pas plus dans Ferney qu’il n’était dans Athène.

De tout temps les rêveurs ont fait dans le ciel bleu
Des fouilles du côté de ce qu’ils nomment Dieu ;
Ils ont le doute au cœur ou la prière aux lèvres ;
Ils ont construit, détruit, et, pour calmer leurs fièvres,
Tristes, ont appuyé leur tête au marbre froid.

Homme, tout ce que l’homme enseigne, pense, croit,
Tout ce qu’il grave, écrit, constate, affirme, sculpte,
De science publique ou de doctrine occulte,
Sur le papier, le bois, l’airain, sur les frontons
Des grands temples obscurs pleins d’âmes à tâtons ;
Balaam sur l’Euphrate, Apulée à Madaure,
Tout ce qu’on imagine et tout ce qu’on adore,
Figulus enseignant Cicéron, Érechto
Dont Pompée à genoux lève le noir manteau,
Les prêtres, les rhéteurs drapés dans leurs chlamydes,
Les bibles, les talmuds sacrés, les pyramides,
Le difforme alphabet de pierre du galgal,
Les cylindres de Tyr, les runes de Fingal,
Les papyrus de Thèbe et d’Endor, qu’on adopte
Le texte égyptien ou la version copte,
Vos sages admirés, Épicure, Thalès,
Diogène, Apulée, Érasme, Rabelais,
Platon, que l’idéal laisse boire à son urne,
Kant, Leibnitz, tout cela n’est qu’un souffle nocturne.

Si tu le veux, fais-toi de l’audace un devoir ;
Propose-toi ce but redoutable : savoir,
Cette façon splendide et suprême de naître.
Entre dans le nuage insondable ; pénètre
Dans l’horreur des Horebs, des Brockens, des Thabors ;
Va ! mais commence, avant d’en tenter les abords,