Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/260

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Par laisser de côté la sagesse des hommes.

Le peu que nous savons tient au peu que nous sommes ;
Écoute. L’homme à peine, avec ou sans appuis,
A creusé l’inconnu qu’il a comblé son puits ;
Alors il cherche, alors il rencontre, il dévie,
Se croit mage, ou se fait prêtre.

                                           Passe ta vie
A labourer l’écume et l’onde, n’arrivant
Que pour partir, parmi le tumulte et le vent ;
Habite Terre-Neuve, ou Zante, ou Tombelaine ;
Sois pêcheur de hareng, sois pêcheur de baleine ;
Emplis ton brick solide ou ta barque sans ponts
De traînes, de filets, de dragues, de harpons ;
Affronte des écueils les sinistres statures ;
Sois forban ; sois coureur de flots et d’aventures ;
Quand même tu vivrais dix ans, vingt ans, cent ans,
Ayant sous toi le gouffre et sur toi les autans,
Lutteur du risque, et roi d’une planche qui flotte,
Fusses-tu le plus vieux et le plus noir pilote,
Jason sur le dromon, Fulton sur le steamer,
Tu ne connaîtras pas la formidable mer.

Ces choses sans limite où flottent des fumées
Résistant, et toujours béantes, sont fermées ;
Le chercheur, tâtonnant dans ce fatal milieu,
Quand il serait Platon, ne connaîtra pas Dieu.



AUTRE VOIX

Prenez garde. Observez l’obscure parallèle.
Le pas s’appuie au pas, l’aile s’appuie à l’aile.
Quoiqu’on retrouve au fond de tout culte la nuit
De l’homme, par qui Dieu trop souvent est construit,
Quoiqu’un dogme, ô penseur, ne soit qu’une masure
En attendant la vie et la vérité pure,