Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/261

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Quoique l’humanité doive porter en soi
La sagesse sereine et non l’aveugle foi,
Quoiqu’une bible, livre à deux sens, atrophie
Et blesse trop souvent l’âme qu’on lui confie,
Quoique, presque toujours, effarant les esprits,
La religion soit une chauve-souris
Faite de vie et d’ombre, et dont l’aile a pour griffes
Les prêtres, les docteurs, les bonzes, les pontifes,
Il faut que l’homme croie à quelque chose ; il faut
Qu’à côté de la chair qui le gouverne trop,
Le mystère lui parle et l’exhorte, et l’élève
Du sommeil où l’on dort au sommeil où l’on rêve.
Ah ! l’être infortuné qui ne croit pas est nu
Sous le ciel redoutable et lourd, sous l’inconnu !
O vivants ! il vous faut des prêtres, quels qu’il soient.
A travers les plus noirs les vérités flamboient ;
Il tombe encore un peu de jour sur vos chevets,
Même des plus abjects, même des plus mauvais ;
Mais pour verser plus tard sur l’humanité mûre
La parole d’amour que l’avenir murmure,
Le ciel, au-dessus d’eux, sur d’éclatants degrés
Met les voyants directs, les sages inspirés.
Car l’homme fait le prêtre et Dieu seul fait le mage.

Je préfère, ô songeur, le wigwam du sauvage
Où l’homme attend la femme, où du moins on est deux,
Au manitou qui fait, au fond des bois hideux,
Joindre les mains au nègre et les pattes au singe ;
Au wigwam le cromlech, au cromlech la syringe ;
Aux syringes du Nil le sombre temple hébreu ;
Au temple, la mosquée avec son dôme bleu
Et son minaret blanc dans la tiède atmosphère ;
Et comme il faut monter sans cesse, je préfère
L’église à la mosquée, à l’église l’azur.
L’homme, être mixte au front sublime, au pied impur,
Va toujours refaisant et transformant ses arches ;
Chaque âge avance ; on voit, sur chacune des marches