Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/262

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Du sombre esprit humain montant dans l’ombre à Dieu,
Un temple où de l’amour grandit le chaste feu ;
Passant d’un ciel plus noir dans un air plus salubre,
De moins en moins cruel, de moins en moins lugubre ;
Chaque temple nouveau, grec, juif, égyptien,
A sa base au niveau du faîte de l’ancien ;
Sur celui qui s’élève un autre monte encore ;
Et le plus haut fronton se dissout dans l’aurore.



AUTRE VOIX

Ô rêves ! vision des vagues paradis !
Crois-tu que l’inconnu soit quelque chose, dis,
Dont ton cerveau chétif puisse se faire idée ?
Créature par l’être absolu débordée,
Homme étonné d’un grain germant dans le sillon,
Ébloui d’une pourpre au dos d’un papillon,
Tremblant d’un choc d’écume ou d’un râle d’orfraie,
Déjà ce que tu vois te dépasse et t’effraie,
Pourrais-tu supporter ce que tu ne vois point ?
Le gouffre où le réel aux chimères se joint,
L’aspect de l’insondable et de l’inaccessible,
Le côté ténébreux de l’univers terrible,
Flottant dans l’infini, dans la brume perdu,
Et dans on ne sait quoi d’horrible et d’éperdu ?
Serais-tu comme Jean, l’homme hagard, capable
De regarder l’obscur, de tâter l’impalpable ?
Pourrais-tu contempler avec tes yeux de chair
Les apparitions du rêve et de l’éclair,
Les éclipses, les blocs, les profondeurs, les rides,
Les agitations des surfaces livides,
La stagnation morte et malsaine des eaux,
Les glissements des vers monstrueux du chaos,
Les larves se montrant à demi, les sorties .
De têtes par la vase affreuse appesanties.
Les fléaux s’accouplant parmi les éléments,
L’horreur des suintements et des fourmillements,