Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/33

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Et si, devant l’impie, il hésite à pencher
Le flambeau jusqu’au tas de paille du bûcher.



LE PATRIARCHE

Ce qu’on nomme aujourd’hui liberté, c’est l’abîme.
Et c’est là que dit l’effrayant Kéroubime
Debout sur le mur noir de l’infini. Croyez.
Soyez des cœurs tremblants, soyez des fronts ployés,
Obéissez. Le prince est un prêtre ; le prêtre
Est un prince. Vouloir comprendre, vouloir être,
Vouloir penser, c’est faire obstacle à Dieu. Vivants
Qui sous l’énormité redoutable des vents
Résistez, vous avez des âmes insensées.
Dieu maudit vos efforts, vos travaux, vos pensées,
Et votre raison, sœur de l’antique péché,
Et votre vain progrès, sinistrement léché
Par la langue de feu qui sort du lac de soufre.
Voilà les vérités qui jaillirent du gouffre
Le jour où sur l’Horeb le tonnerre a brillé.


LE PAPE

Frères, figurez-vous, ― je me suis réveillé !



LES ÉVÊQUES

Qu’entendez-vous par là ?



LE PATRIARCHE

Qu’est-ce que tu médites ?



LE PAPE

Je ne crois plus un mot de tout ce que vous dites !



LE PATRIARCHE

Quoi ! vous seriez l’horrible et vivant démenti
De vos prédécesseurs glorieux ?