Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/61

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LA GUERRE CIVILE
Autre champ de bataille. Rues et places publiques.



LE PAPE

,apparaissant entre les combattants.

Commencez par moi. ― Quoi ! pauvres, déshérités,
Votre sort vous accable, et vous le complétez
Par de la haine, ayant trop peu de la souffrance !
Vous vous entr’égorgez, fils de la même France !
J’entends autour de vous cette mère crier.
Toi, paysan, tu veux tuer cet ouvrier!
Pourquoi ? De quelque nom que ton travail se nomme,
Il le fait aussi, lui ! vous êtes le même homme ;
Vous semez, sur la terre où l’humanité croît,
Le grand germe sacré, toi l’épi, lui le droit ;
Il travaille, et de plus il veut aimer son frère.
Nul rie doit à la tâche auguste se soustraire ;
L’un est le moissonneur et l’autre l’émondeur.
Dieu, la clarté qui pense, est dans la profondeur ;
Il est l’immense point lumineux de l’abîme ;
Hommes, il resplendit, féconde, inspire, anime,
Et cette vénérable et sereine lueur
Veut faire sur vos fronts briller de la sueur ;
Car le travail est saint, et c’est la loi sublime.
Quoi ! ce n’est pas la bêche, ou l’équerre, ou la lime,
Que vous avez aux poings, c’est le glaive ! Pourquoi ?
Parce que l’ouvrier marche en avant de toi,
Paysan. Il se hâte et l’avenir l’invite.
L’un va trop lentement et l’autre va trop vite.