Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/62

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Peut-être. Dieu le sait. Mais est-ce une raison,
O peuple, pour emplir de spectres l’horizon,
Pour plonger dans l’horreur vos mains désormais viles,
Et faire sangloter le tocsin dans les villes ?
Tout est la vie ; et Dieu n’a pas construit de mur.
Ah ! s’il est au-dessus de nous, dans cet azur
Où les réalités sont les axes des mondes,
S’il est des buts certains, s’il est des lois profondes,
Si l’aube en se levant dit vrai, si l’astre est pur,
Et si le ciel est pour la terre un ami sûr,
Si la vie est un fruit et non pas une proie,
L’HOMME a pour droit, devoir et fonction la joie,
Le travail et l’amour ; et, quel que soit l’éclair
Qui pour un instant jette un orage dans l’air,
Il n’est pas de colère âpre, inhumaine, athée,
Terrible, qui ne doive être déconcertée
Par une mère ayant au sein son nourrisson.
Quoi ! partout la fureur ! Quoi ! partout le frisson,
Le deuil, des bras sanglants et des fosses creusées !
Quoi ! troubler le soleil glorieux, les rosées,
Les parfums, les clartés, le mois de mai si beau,
Les fleurs, par l’ouverture affreuse du tombeau !
Ah ! fussiez-vous vainqueurs, qu’est-ce que la victoire ?
Vous aurez le cœur froid, vous aurez l’âme noire.
A la fraternité rien ne peut suppléer.
Ah ! réfléchissez. Dieu vous créa pour créer,
Pour aimer, pour avoir des enfants et des femmes,
Pour ajouter sans cesse à vos foyers des flammes,
Pour voir croître à vos pieds des fils nombreux et forts,
Pour faire des vivants ; et vous faites des morts !
Vous qui passez, pourquoi haïr celui qui passe ?
Accordez-vous les uns aux autres votre grâce,
Arrêtez ! Arrêtez ! Fraternité !


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