Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/266

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« Aux heures mystérieuses,
Quand l’eau se change en miroir,
Rôdes-tu sous les yeuses,
L’esprit plongé dans le soir ?

« Te dis-tu : — Qu’est-ce que l’homme ? —
Sonde, ami, sa nullité ;
Cherche de quel chiffre, en somme,
Il accroît l’éternité !

« L’homme est vain. Pourquoi, poëte,
Ne pas le voir tel qu’il est,
Dans le sépulcre squelette,
Et sur la terre valet !

« L’homme est nu, stérile, blême,
Plus frêle qu’un passereau ;
C’est le puits du néant même
Qui s’ouvre dans ce zéro.

« Va, Dieu crée et développe
Un lion très réussi,
Un bélier, une antilope,
Sans le concours de Poissy.

« Il fait l’aile de la mouche
Du doigt dont il façonna
L’immense taureau farouche
De la Sierra Morena ;

« Et dans l’herbe et la rosée
Sa génisse au fier sabot
Règne, et n’est point éclipsée
Par la vache Sarlabot.