Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/81

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IX


Buvez ! riez ! — moi je m’obstine
Aux songes de l’amour ancien ;
Je sens en moi l’âme enfantine
D’Homère, vieux musicien.

Je vis aux champs ; j’aime et je rêve ;
Je suis bucolique et berger ;
Je dédie aux dents blanches d’Ève
Tous les pommiers de mon verger.

Je m’appelle Amyntas, Mnasyle,
Qui vous voudrez ; je dis ; Croyons,
Pensons, aimons ! et je m’exile
Dans les parfums et les rayons.

À peine en l’idylle décente
Entend-on le bruit d’un baiser.
La prairie est une innocente
Qu’il ne faut point scandaliser.

Tout en soupirant comme Horace,
Je vois ramper dans le champ noir,
Avec des reflets de cuirasse,
Les grands socs qu’on traîne le soir.

J’habite avec l’arbre et la plante ;
Je ne suis jamais fatigué
De regarder la marche lente
Des vaches qui passent le gué.