Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/149

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en ce cas, --c’est un peu de complaisance à mettre, --
et ne pas prendre trop votre rêve à la lettre.
Sauvage presque.


Le duc Gallus.

ô lacs, ô montagnes, qu’emplit
le grand songe orageux du torrent dans son lit,
du hallier, de la source, et de la bête fauve,
où l’antre vaguement s’arrondit en alcôve,
où Pan se remarie et change de maisons
avec les douze mois et les quatre saisons,
espaces que la nuit ensemence d’étoiles,
ronces où l’araignée ourdit ses sombres toiles,
j’accours, je viens sonder vos abîmes profonds ;
dégoûté des bourreaux, et même des bouffons,
accablé de respect, obsédé de richesse,
las de cet à peu près qu’on nomme une duchesse,
blasé, mais confiant, ivre du grand concert,
je viens chercher Vénus toute nue au désert,
je tends les bras vers vous, bois, monts, épithalame !
ô nature, un sourire ! ô forêts, une femme !


Gunich.

ô forêts, une vierge !


Le duc Gallus.

Oui, vierge. J’y consens.
Un démon vierge ! Un être aux penchants malfaisants
ayant l’aspect du lys que la nature encense !
Laïs Agnès ! Le monstre à l’état d’innocence !
C’est curiosité, rien de plus ; mais j’aurais
cet appétit. La touffe épaisse des forêts
contient tout ; fleurs, venins. Ami, gagner le quine
d’un ange contenant en germe une coquine !
Comprends-tu ? L’observer ! Voir aboutir au mal
l’innocence à tâtons dans l’instinct animal,
peser dans la vertu ce que la chair en ôte,
assister dans une âme à l’aube de la faute,