Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/208

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ayant vu tout à coup, quand je rêvais la butte
Montmartre où dix moulins font gaîment la culbute,
surgir avec sa neige auguste la Yungfrau,
ayant tiré du sac ce mauvais numéro,
j’ai dit : je me crois aigle et lion, je suis âne.
Je me suis rejeté sur une paysanne
quelconque, fort jolie et pas bête, ma foi,
et je l’ai faite reine en me défaisant roi.
Roman simple ; et j’en suis au deuxième chapitre.
Gallus fouille dans le gousset de son gilet, en tire sa
tabatière, ne s’aperçoit pas
qu’il vient d’en tirer en même temps un papier, et prend une
prise de tabac.
Le papier est tombé à terre. Gunich, en arrière de Gallus, le
ramasse, y jette
un coup d’œil, et le met dans sa poche pendant que Gallus
éternue et secoue
d’une chiquenaude les dentelles de son jabot.


Gunich.

çà, vous êtes un roi duquel je suis le pitre.


Gallus.

Faquin !


Gunich.

Le conseiller d’état, si vous voulez.
Je plains les papillons aux chandelles brûlés.
Je vous vois approcher d’une flamme hagarde,
charmante et formidable, et je dis : prenez garde.
Quelque chose se passe au fond de votre cœur.
Vous êtes un captif qui se drape en vainqueur.
C’est une maladie étrange propre aux hommes
très corrompus, blasés, exquis, comme nous sommes,
d’idolâtrer avec dédain, et d’être pris
parfois profondément, tout en disant : je ris.
L’eau qu’on jette à ce feu le rallume et l’attise.
Est-on jaloux ? Fi donc ! Tendre ? Quelle bêtise !
Si quelqu’un vous pénètre et dans votre âme lit,
on se fâche ; on se sent comme en flagrant délit.
Surtout il ne faut pas que la belle s’en doute.
Qu’aime-t-on d’elle ? Rien. Et tout. Sotte, on l’écoute.
Grasse, c’est un Rubens ; maigre, c’est un Watteau.