Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/236

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Ils sont comme des dieux. On me mêle à la fête.
J’y vais. J’ai l’air d’en être. Et tout luit sur ce faîte,
tout chante. C’est à qui rira, boira, vivra.
Marquis, que donne-t-on ce soir à l’Opéra ?
Veux-tu souper ? Dansons. Mille louis. Je joue.
Belle, la rose est pâle auprès de votre joue.
Festins. Chasses. On a des lilas en janvier.
On va droit au plaisir sans jamais dévier.
De l’assouvissement on fait sa destinée,
et je suis la proscrite, et je suis la damnée !
Vous savez bien, les loups et les tigres des bois,
je les préfère à vous les hommes.
Gallus, à part.
C’est, je crois,
sérieux.


Zabeth.

Pas d’amour et pas d’espoir ! Je souffre.
J’ai dans le cœur le vide et dans l’âme le gouffre.
Monseigneur ! Monseigneur ! Que vous avais-je fait ?
Ah ! L’auguste et profond soleil me réchauffait,
ah ! J’avais l’innocente aurore pour ivresse !
Ah oui, c’est vrai, d’accord, j’étais une pauvresse,
et parmi les vivants, et sous le grand ciel bleu,
et dans tout l’univers, je n’avais rien, --que Dieu !
Je ne l’ai plus. Abîme ! Oui, j’avais pour ressource
de cueillir une mûre et de boire à la source,
j’étais libre, et j’avais pour ami le rocher.
Quelle idée eûtes-vous de venir me chercher ?
Ce Gunich vous aida, votre digne ministre.
Vous fîtes ce jour-là, prince, un complot sinistre
contre l’inconnu. Mettre un piège dans les cieux !
Saisir une âme au vol pour lui crever les yeux !
Ah ! Ce qu’on tue au ciel, pour l’enfer on le crée.
ô monseigneur, j’étais l’ignorance sacrée.
Qu’avez-vous fait de moi ? L’aveugle, mal conduit,
maudit son guide traître. Hélas ! J’étais la nuit,