Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/238

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Folle, et sa chevelure éparse et dénouée,
la malheureuse rit, et lui l’entraîne au fond
d’une ombre où le démon avec Dieu se confond,
et l’on s’enivre, ensemble on s’égare, et l’on erre,
et de ce noir baiser sort un coup de tonnerre !
L’atome, on peut marcher dessus. Non. Je crierai.
Duc, vous êtes le char du triomphe doré,
mais savez-vous de quoi vous êtes responsable ?
C’est de l’écrasement du pauvre grain de sable.
Il cassera ce char dont l’orgueil est l’essieu.
La prostitution, c’est l’hymen malgré Dieu.
Vous n’avez vu dans moi qu’une esclave qui ploie,
une chair misérable, un vil spectre de joie,
acceptant ce veuvage éternel, l’impudeur.
Vous vous êtes trompé, monsieur. J’étais un cœur.
Ah ! Vous le croyez donc, vous avez fait ce songe
d’être ma providence, et moi je dis : mensonge !
Vous m’avez tout donné ? Vous m’avez tout volé !
Vous m’avez pris l’honneur, le nom immaculé,
le droit aux yeux baissés, la paix dans la prière,
et la gaie innocence, et cette extase fière
de pouvoir confronter, quel que soit le destin,
sa conscience avec l’étoile du matin !
Vous m’avez pris la joie et donné l’ironie.
Duc, j’avais le sommeil, je vous dois l’insomnie.
Mon père, ma mère ! Oh ! J’y songe avec remords,
et je sens la rougeur venir au front des morts.
Vos bienfaits, vos bontés, prince, sont des sévices ;
vos dons sont des soufflets. Qu’est-ce que j’ai ? Des vices.
Par ces hideux passants mon cœur sombre est troublé.


Gallus.

Mais…


Zabeth.

Oh ! Sarcler dans l’herbe ! Oh ! Glaner dans le blé !
M’éveiller, m’en aller, sereine et reposée,
l’âme dans la candeur, les pieds dans la rosée,