Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/269

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Toute l’onde est un tumulte
De montagnes dans la nuit.

L’écume ; ni bords, ni centres ;
De blancs flocons ; l’ouragan.
Chaque vague est un des antres
Où bâille l’hydre océan.

On ne voit rien que la trombe
Où la brume s’élargit ;
C’est du hurlement qui tombe,
De la neige qui rugit.

L’onde sans fond court sans terme ;
L’eau roule en plis tortueux ;
Chaque flot s’ouvre, se ferme,
Se rouvre… - Ô flots monstrueux !

À jamais l’infini sombre
Refait, défait, reconstruit
Les écroulements sans nombre
De ces cavernes de bruit.

À jamais la vague essuie
Le roc vert, l’écueil félon,
Et, sous ses haillons de pluie,
Sous ses cheveux d’aquilon,

Chargé de siècles et d’âges,
Soufflant dans de noirs clairons,
Faisant un bruit de cordages,
De tempête et d’avirons,

Au fond de l’ombre insondable
Où l’astre meurt prisonnier,
Le pâle hiver formidable
Passe, effrayant nautonier.