Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/344

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Parce qu’Adam mord après Ève
Dans une pomme de calvil.

Quand on peut croire aux lys, aux roses,
À l’aurore, il est enfantin
De croire à cent romans moroses
Mal traduits du grec en latin.

Il faut être un âne à la lettre
Pour rêver Diderot puni,
Pour damner Kant, et pour admettre
Que Dieu, l’aïeul de l’infini,

Ne s’occupe, en sa gloire énorme,
Sans cesse, hier comme demain,
Qu’à faire le procès en forme
À tout ce pauvre genre humain ;

Et que sa clémence est à l’aise
Dans le hurlement des maudits,
Et dans le cri d’une fournaise
Couvrant le chant du paradis.


III


Depuis six mille ans on invente,
On suppose, on effraie, on ment,
Malgré la lumière vivante
Du vénérable firmament.

Le faux ciel que sur nous on penche
Est de chimères pluvieux ;
Le mensonge a la barbe blanche ;
L’homme est enfant, le conte est vieux.

La loi devient l’hiéroglyphe ;
Toujours l’ombre au jour succéda ;