Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/345

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Moïse, hélas, produit Caïphe,
Christ engendre Torquemada.

Quel néant l’homme a sur sa table !
Rien fait mettre un monde à genoux.
Le temple est un lieu redoutable
Où le sage enfante des fous.

Les religions sont des gouffres ;
À leur surface on voit un mont,
L’erreur, puis de grands lacs de soufres,
Puis de l’ombre, et Dieu triste au fond.

Non, non, ce n’est pas pour le jeûne,
Le cilice et les bras en croix,
Que Jacques est beau, qu’Agnès est jeune,
Que l’alouette chante aux bois !

Le diable et son soufflet de forge
S’évanouissent aussitôt
Que j’écoute le rouge-gorge
Dans ton petit champ d’Yvetot.

Le baïram et le carême
Ont le même idéal tous deux :
La femme maigre, l’homme blême,
Le ciel terrible, Dieu hideux.

Je désire autrement conclure.
Tous ces korans, en vérité,
Ne laissent rien, qu’une fêlure
Au cerveau de l’humanité.

Devant ces dogmes qu’on redoute,
Ciel difficile, enfer promis,
Je prends le grand parti du doute,
Et de remplir mon verre, amis.