Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/348

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VI


Tout homme est pris, dans son bas âge,
Par le mensonge triomphant ;
Les ténèbres, cet esclavage,
M’ont mis au bagne, tout enfant.

Ceux pour qui l’ignorance est l’ordre
Ont, sur ma pensée où Dieu luit,
Pris soin de nouer et de tordre
L’énorme chaîne de la nuit.

Chaque chaînon de cette chaîne
Est fait d’autorité, de deuil,
D’énigme, et de la vieille haine
Forgée avec l’antique orgueil.

La peur, tous les textes terribles,
Tout l’anathème, tout l’enfer,
Tous les korans, toutes les bibles,
Mêlés, en composent le fer.

Cette chaîne, où rampe une flamme,
Sur l’enfant comme sur l’agneau
Pèse, et nous étreint ; mais mon âme
Rit, et passe à travers l’anneau.

25 octobre 1859.