Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/360

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I


L’âme humaine est sans cesse en tous les sens poussée.

Dans l’étrange forêt qu’on nomme la pensée,
Tout existe. Sina n’exclut pas Cythéron.
La douce flûte alterne avec le fier clairon ;
Le fifre railleur donne aux lyres la réplique ;
Ici Vesta cachée, et là Vénus publique ;
Le taillis chaste admet les faunes impudents ;
Et, quoiqu’un mage austère et grave soit dedans,
L’antre n’empêche pas les nymphes d’être nues.
La pensée est le lieu des routes inconnues,
Du doute, où les chercheurs ont fait ce qu’ils ont pu,
Le vague itinéraire à chaque instant rompu.
Toujours plus loin ! Voilà le seul avis que donne
Au songeur cette sombre et fatale Dodone.
Tout est réalité, mais tout est vision.
Marchez.


II


                         Et c’est ainsi dans la création.
Rien qui ne soit passage, essai, brume, aventure,
Songe, la vie ayant la mort pour nourriture.
Décor dont les châssis des deux côtés sont peints,
Ici la face et là le masque. Les sapins,
Les chênes, les torrents, l’attitude effarée
Des écueils à jamais battus par la marée,
Tout parle. Rien ne ment. Pas un malentendu.