Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/361

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Pas une note fausse et pas un cri perdu.
Pas une voix disant une chose pour l’autre.
Le vent sait ce qu’il dit aussi bien que l’apôtre ;
L’étoile dialogue avec l’aube, et quand l’air
S’ouvre à la déchirure énorme de l’éclair,
Les orages profonds confusément murmurent
Le verbe dont jadis les poètes s’émurent,
Et d’où sortit, écho du temple ténébreux,
Avec le paean grec, l’hosanna des hébreux.
Chaque saison apporte et remporte sa tente.
La fauve immensité n’est pas toujours contente,
Et l’on entend en bas un grondement confus.
Mais qu’importe. Parfois l’ombre essaie un refus,
La nuit fait ses noirceurs, l’hiver jette sa glace ;
Le mal, ce grand blasphème obscur, au bien s’enlace ;
Tout cela, c’est la vie. En toute chose on peut
De la nuit et du jour étudier le nœud ;
Le prodige divin roule dans ses tumultes
Pêle-mêle, nos lois, nos croyances, nos cultes,
Et pour faire avancer la justice, et prouver
Le droit, et le progrès, cet éternel lever,
Les désastres font presque autant que les victoires ;
Le mystère profond des voix contradictoires
Éclate, et l’enfer donne au paradis raison
D’un bout à l’autre bout du sinistre horizon.
Car le sarcasme affirme, et maudire, c’est croire.
La huée est un bruit qui constate la gloire.


III


Oui. Tout, c’est l’harmonie. Adorons et pensons.
Livrons notre âme ouverte aux cris comme aux chansons.
Le vent fuit. Regardons entrer dans l’invisible
Ce javelot lancé vers l’éternelle cible ;
L’arbre pousse ; observons cette croissance ; ayons
L’œil attentif à l’onde, aux souffles, aux rayons ;