Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/398

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Et regardez passer ces spectres qui sont rois !
Vous en avez pleuré, voici l’heure d’en rire.

Qui sont-ils ? Écoutez ce que je vais vous dire.

Le premier, c’est la joie. Il fit tout en riant ;
Il riait à la guerre, il riait en priant ;
Le jour qu’il vint au monde, adopté par la gloire,
Son aïeul fit chanter sa mère et le fit boire ;
Ce roi de belle humeur a ri jusqu’au tombeau ;
C’est en riant qu’il fit de Dieu son escabeau ;
Il marcha sur l’autel pour monter sur le trône ;
Des meurtriers des siens il recevait l’aumône ;
Il riait tant, qu’il dut exiler d’Aubigné,
Car le joyeux ne peut que chasser l’indigné ;
Suivi de ses féaux, vaillantes valetailles,
Il s’épanouissait ; il aimait les batailles
Et les filles, cherchant gaîment tous les hasards.

Oh ! D’Estrée et de Bueil, d’Entrague et des Essarts !
Nuits ! Parcs mystérieux, murmures des cascades !
Ô danses et chansons sous les pâles arcades !
Nymphes reines ! Ô rois satyres et sylvains !
Ô bon Henri ! Beautés, folles aux yeux divins !
Ces chiennes de l’amour, comme il s’en faisait suivre !
Comme il les enivrait de l’extase de vivre !
Comme il leur prodiguait les bijoux florentins,
Les fêtes, les ballets, les concerts, les festins
Sur qui, pour laisser voir les cieux, le plafond s’ouvre,
Les lits de brocart d’or dans les chambres du Louvre,
Et les vastes palais et les riches habits,
Et dans la pourpre en feu la braise des rubis,
Et les perles des mers dans les flots de la soie !