Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/113

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XV Nature !



Nature! âme, ombre, vie! ô figure voilée!
O sphère toujours noire et toujours étoilée!
O mystère aux feuillets d'airain!
Texte écrit dans la nue ainsi que dans les marbres!
Bible faite de flots, de montagnes et d'arbres,
De nuit sombre et d'azur serein!

Souvent, quand minuit sonne aux clochers de la côte,
Tandis que sur la mer, au loin sinistre et haute,
Fuit le navire, ce coursier,
Et qu'au-dessus des mâts penchant au poids des toiles,
Le nuage en passant se déchire aux étoiles
Comme un voile à des clous d'acier;

À cette heure où l'Atlas s'ouvre au tigre qui rentre,
Où le lion rugit dans la fraîcheur de l'antre,
Tandis que l'eau des sources luit,
Et que sur les débris des bas-reliefs de Thèbe
La vieille ombre Ténare et le vieux spectre Érèbe
Entr'ouvrent leurs yeux pleins de nuit;

Pendant qu'Ormuz endort les parsis et les guèbres,
Et que les sphinx camus, laissant dans les ténèbres
Hurler l'hyène et le chacal,
Lisent, dans le désert allongeant leurs deux griffes,
Les constellations, sombres hiéroglyphes
Du noir fronton zodiacal;