Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/231

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Obscurité ! le songe lève
Son front dans la réalité :
Que serait l’être sans le rêve,
Et la face, le voile ôté ?
L’âme est de l’ombre qui sanglote.
Moi l’atome, j’erre et je flotte.
J’allais, ô pleurs ! j’aimais, ô deuil !
Mon seuil s’ouvre sur le naufrage.
Ma maison, quand la mer fait rage,
Sonne la nuit comme un écueil.

Que dites-vous à l’âme humaine,
Que bégayez-vous pour mon coeur,
Monde ; vision, phénomène,
Eau lugubre, aquilon moqueur ?
A qûoi, sous la neige ou les laves,
Pensent les monts, ces vieux esclaves,
Fouettés de tous les fouets de l’air,
Ces patients du grand supplice,
Vêtus d’ombre, et sous leur cilice
Marqués du fer chaud de l’éclair ?

N’est-il pas lugubre de dire
Que la porte sombre est sans clé,
Que la terre où l’homme respire
Est comme un manuscrit roulé ?
Il semble que toutes les forces
Se donnent pour but les divorces,